Le 16-03-2007
Edito
Beaucoup d’activités autour du 8 mars cette année et beaucoup de promesses également en cette période pré-électorale. Mais qu’est-ce qui en ressortira vraiment? En tous cas, le REV a rappelé ses priorités aux quatre présidents des partis politiques francophones.
Le Collectif des Femmes, présenté ce mois-ci, nous prouve que les autres cultures constituant la société belge ne sont pas oubliées et que la Belgique est bien une terre accueillante. Saurons-nous en tirer les leçons? La menace est peut-être moins forte qu’en France, mais l’extrême-droite en Belgique gagne du terrain chaque jour. N’oublions pas que l’égalité entre les femmes et les hommes ne fait pas partie du programme de ces mouvances, bien au contraire... Faisons passer le message!
Le REV interpelle les présidents de partis politiques
A l’occasion du 8 mars 2007, journée internationale de la Femme, la plateforme du Réseau belge francophone pour l’Elimination des Violences entre partenaires a envoyé huit constats aux quatre présidents des partis politiques francophones.
A l’approche des élections législatives, nous avons souhaité rappeler aux politiques que beaucoup de choses restaient à faire en matière de lutte contre les violences entre partenaires, et ainsi connaître leurs engagements pour la prochaine législature.
Ces huit constats[1] concernent le Plan d’Action National en matière de lutte contre la violence entre partenaires, les services spécialisés en accueil des victimes, la demande d’une ligne téléphonique gratuite spécifique aux violences, les services ambulatoires, l’accompagnement des auteurs, la collaboration entre les différents services, la prévention et enfin la commande d’études et de recherches nationales. Suite à chacun de ces constats, nous leur avons demandé ce qu’ils allaient faire pour ce domaine précis.
Une semaine après notre envoi, nous n’avons reçu qu’un courrier du Président du Parti Socialiste, Elio Di Rupo, nous précisant qu’il avait bien pris note de nos questions et que les réponses nous parviendront rapidement. Dans leur brochure «2003/2007 – Engagements tenus» distribuée toutes boîtes, on ne trouve que trois petites lignes sur les violences conjugales, stipulant que «des mesures ont été adoptées pour lutter plus efficacement contre les violences conjugales et intra-familiales». La nouvelle législature sera-t-elle l’occasion d’en faire plus pour ce domaine?
A l’occasion du 8 mars, le Mouvement Réformateur a sorti une brochure de 16 pages, spécifique aux violences conjugales. La qualité esthétique de celle-ci est à signaler, et ce grâce aux photos et à la calligraphie. Quant au contenu, il reste plutôt basique (définition simple, conseils à suivre pour un départ du domicile conjugal, témoins indirects…). Les numéros de téléphone à composer en cas de problème sont ceux des trois refuges membres de notre réseau, qui sont débordés en permanence, ainsi que le 107, numéro du Télé-accueil, où des bénévoles non formés à la problématique répondent, ce à quoi nous sommes tout à fait opposés, souhaitant que les victimes soient écoutées par des personnes formées spécifiquement à la violence entre partenaires.
Dans l’opposition, Ecolo rappelle sur son site internet l’importance de mieux protéger les femmes des violences. La nécessité d’une ligne téléphonique spécialisée est évoquée, ainsi que beaucoup de nos revendications.
Sur le site internet du Centre Démocrate Humaniste, rien de neuf n’est stipulé à propos des violences conjugales.
Cependant, nous attendons toujours de leurs nouvelles en espérant qu’ils répondent tous les quatre à nos questions. Nous ne manquerons pas de vous faire parvenir ces réponses par le biais de notre site internet.
Le Collectif des Femmes de Louvain-la-Neuve
Ouvert à toutes les femmes, quelles que soient leurs origines, le collectif a été fondé en 1979 par Christiane De Wan, l’actuelle présidente. En tant que lieu de rencontre, de partage et de réflexion, il favorise les liens interculturels entre les femmes.
Pamela Datolli, coordinatrice de la permanence de l’accueil et des formations en amont (de base) m’a reçue à l’accueil du Collectif, dans ce bâtiment aux salles dissimulées. Un atelier pour les cours de stylisme, une cuisine pour les cours de traiteur et de boulangerie/pâtisserie, une salle d’informatique pour les formations qualifiantes Microsoft, et encore une classe pour les cours d’alphabétisation et de français. Avec Pamela pour guide, on se replonge dans le passé pour comprendre le pourquoi de la création du Collectif.
«Le Collectif a été ouvert suite à des demandes provenant d’hommes d’origine étrangère qui venaient suivre une formation à Louvain-la-Neuve et dont les femmes éprouvaient des difficultés en arrivant car elles avaient des problèmes linguistiques, étaient déboussolées et se sentaient parfois très seules». Par le biais de différentes activités et formations, les femmes ont donc tissé des liens entre elles et la solidarité féminine s’est rapidement installée. Le public évoluant, les formations ont suivi. «Nous avons eu affaire à des femmes fuyant des dictatures et des génocides. Elles sont donc restées en Belgique et nous avons donc adapté nos formations. Nous avons ouvert un volet pour l’insertion socio-professionnelle et nous nous sommes adaptées au marché: formation en informatique de gestion et formation qualifiante comme auxiliaire gériatrique par exemple», explique Pamela. Une antenne pour les femmes touchées par le virus du SIDA a également été ouverte et celles-ci se retrouvent au Collectif dans des groupes de paroles, suivent des formations ensemble, sont accompagnées à l’hôpital, sont soutenues dans les démarches administratives et dans leur projet de vie.
Reconnu comme association d’éducation permanente depuis 2003, le Collectif se déplace aussi sur le terrain: sensibilisation à la violence ou à l’immigration dans les écoles secondaires, supérieures et même dans les universités. Organiser des colloques fait aussi partie de leurs attributions. «Nous en avons organisé un l’année dernière sur les violences auquel beaucoup de membres du Réseau ont participé et cette année, les femmes et la politique ont été mises à l’honneur lors d’un colloque qui a rassemblé près de 250 personnes», confie Pamela. Egalement très actives au niveau communal, les représentantes du Collectif vont là où il est possible de revendiquer les droits des femmes.
Avec la casquette «violence», Pamela reçoit des victimes depuis bientôt 16 ans, «mais beaucoup plus depuis quelques années; depuis que le phénomène de la violence conjugale est abordé dans les médias, en fait», constate-t-elle. «Et depuis 2004, nous avons une permanence pour les victimes, et ce dans plusieurs langues (lingala, espagnol, anglais). Souvent, ce sont des personnes qui ont déjà un parcours dans la violence mais qui arrivent à un stade où elles n’en peuvent plus. Elles décident donc de quitter le domicile conjugal et nous les aiguillons vers des centres d’hébergement tel que l’Eglantier ou les maisons maternelles. On leur fournit un soutien logistique car parfois elles ne parlent pas français, sont en situation irrégulière et exploitées par des personnes qui leur ont confisqué leurs papiers ou elles ont simplement besoin d’un soutien moral, qui ne s’arrête pas une fois qu’elles sont en centre d’hébergement», poursuit Pamela.
Recevant des femmes âgées de 19 à 55 ans, Pamela a constaté un changement culturel parmi son public:«Je reçois beaucoup plus de filles d’origine maghrébine qui ont épousé un homme venant de leur pays d’origine mais qui sont ensuite confrontées à un véritable déphasage culturel et qui veulent se séparer. La pression de la communauté d’origine n’est pas toujours facile à supporter pour elles. Et je reçois aussi beaucoup plus de femmes belges».
Les coordinations provinciales
Chaque province francophone dispose de sa propre «cellule Egalité des chances», ainsi que la Région de Bruxelles-Capitale, toutes financées conjointement par les provinces, le niveau fédéral, la Communauté française et la Région wallonne.
D’après la définition trouvée sur le site internet de la cellule du Service provincial d’Egalité des Chances de Liège, les coordinations provinciales ont «pour mission de collaborer avec les Autorités locales afin de développer des projets de lutte contre les violences physiques et sexuelles à l’égard des femmes et de promouvoir l’égalité des femmes et des hommes au niveau local, sur le plan économique, dans la vie sociale et dans l’accès aux lieux de décision». Pour ce faire, elles doivent «s’attacher à identifier les besoins, en collaboration avec les partenaires locaux existants qui entrent entre autre en contact avec des femmes victimes de violences physiques et sexuelles, à savoir les services de police, les instances judiciaires, les services de médiation, les services d’aide médicale et les organisations d’assistance sociale, les sensibiliser, favoriser leur coopération et s’intégrer dans les coordinations existantes».
Le 8 mars dernier, la cellule pour l’Egalité des Chances du Brabant Wallon a organisé une conférence de presse pour présenter des outils développés dans le cadre de la plate-forme de concertation «Violences dans le couple», créée en 2005 afin de mettre en place une politique coordonnée d’aide aux victimes et auteurs de violences dans le couple. Ces outils sont un dépliant avec tous les numéros d’appel en cas d’urgence pour la zone de Wavre et un répertoire des acteurs provinciaux et locaux qui travaillent autour de la violence entre partenaires.
- Seito Boei, auto-défense pour femmes: les 24 et 25 mars 2007 à Ottignies, de 10 à 17h.
- Ateliers d’écriture à partir du 19 avril 2007 à la Bibliothèque François De Troyer, rue Albert Croy 2 à 1330 Rixensart.