Le 26-06-2009
Edito
En cette période estivale, cette newsletter évoquera un sujet pas si léger mais plutôt invisible. Notre Réseau prête une oreille toute attentive à la prise en charge de la violence entre partenaires par la sphère publique. Une sphère vers laquelle nous militons et travaillons pour qu’une place concrète soit dévolue à cette intolérable problématique. Mais, sinon la présence discrète de l’association Magenta au sein de notre équipe, les violences entre partenaires dans les couples homosexuels sont rarement au programme de nos réflexions et actions. Cette newsletter espère ouvrir des pistes de réflexion à cet égard – des pistes puisées dans une formation à la violence dans les couples lesbiens proposée par
Une note d’espoir et d’optimisme ensuite avec la pièce de théâtre « Missing ». Une pièce réalisée et jouée par des habitants du quartier (majoritairement turcophone) de Saint-Josse. Un pas enthousiaste vers l’égalité !
Pour le REV,
Lionel Galand
« Approcher et traiter la violence dans les couples homosexuels. Vers une évolution des pratiques de terrain et des mentalités ». Tel est l’intitulé du projet novateur porté par
Est-ce bien nécessaire de conjuguer homosexualité et violence entre partenaires ? Le cadre d’analyse « classique » du phénomène ne suffit-t-il pas ? Quelques minutes de sensibilisation auprès d’associations actives au sein du monde LGBT[1]suffit à démontrer avec force l’intérêt – et la nécessité - d’une telle démarche ! C’est chose faite lors des deux journées d’études animées par Vanessa Watremez (Air libre Toulouse) et Rosine Horincq (Magenta) ces 18 et 19 juin à l’Institut Provincial d'Orientation et de Guidance.
Décloisonner la prise en charge
Sommairement présenté au sein de la précédente newsletter, ce projet poursuit l’objectif d’élargir la détection des violences entre partenaires aux couples homosexuels en décloisonnant les prises en charge. En effet, les perspectives sont croisées : d’une part, outiller les services psycho-médico-sociaux pour accueillir, soutenir le plus adéquatement possible les victimes ou agresseur-e-s homosexuel-le-s et leur apporter une aide adaptée ; d’autre part, former les associations Gays et Lesbiennes à la problématique générale des violences entre partenaires et les amener à travailler avec les acteurs de terrain existants.
Loin d’être anecdotique, les recherches effectuées sur les violences au sein des couples homosexuels indiquent le même pourcentage que pour les couples hétérosexuels, soit 20%. Ces violences sont donc suffisamment fréquentes pour ne pas les considérer comme « marginales ». Qui plus est, cette réalité est encore taboue et invisible. Les victimes de cette violence ne trouvent pas toujours de ressources répondant à leurs besoins et les services d’aides sont souvent trop peu armés pour les prendre en charge.
Homosexualité et violence entre partenaires
La société, toujours hétérocentrique et souvent homophobe, a encore bien du mal à ouvrir ses œillères à la diversité des identités sexuées. Et bon nombre de stéréotypes entachent la compréhension et la rencontre d’avec l’ « Autre » (par exemple, les lesbiennes sont des camionneuses qui n’aiment pas les hommes ou, à l’inverse, l’objet – inspiré par l’imagerie de la pornographie - des fantasmes sexuels masculin). Cependant que l’hétérosexualité s’érige comme la norme, un état « naturel » de la sexualité qui cantonne ceux qui n’y participent pas dans la sphère « déviance ».
Cela étant, on s’imagine bien la spécificité du vécu des homosexuels et de leur couple devant bâtir une identité sexuée alternative à tous les modèles familiaux et sociaux prônés par une société qui projette l’a priori de l’hétérosexualité sur les individus. Un combat sans cesse renouvelé, en famille, sur le lieu de travail, même en couple ! En corollaire, cette construction identitaire se fait souvent dans l’isolement, sans l’appui de la famille, des pairs et de l’école, en présence d’un ensemble de clichés dévalorisants.
La violence entre partenaires au sein des couples homosexuels en est-elle pour autant spécifique ? Dans un premier temps, attardons nous sur certaines interprétations – révélatrices de l’usage qu’il est souvent fait d’Autrui pour servir une ontologie particulière – de la violence au sein des couples lesbiens. Interprétations qui tantôt nieront complètement l’existence du phénomène, tantôt l’exagéreront largement. Les tenantes de la première interprétation sont des féministes « ultra » (une petite minorité parmi la diversité des féminismes) selon lesquelles la violence serait l’apanage du genre masculin. Tandis que les tenants de la seconde interprétation sont des masculinistes qui extrapolent certains chiffres informels sur le phénomène afin de défendre la thèse (risible) d’une violence explicitement féminine. Tantôt envisagé comme pur et idyllique, tantôt comme un foyer de violence en puissance, le couple lesbien, à travers ces approches, est oblitéré par la force d’idéologies qui servent avant tout leur propre narcissisme et qui aboutissent in fine à un déterminisme biologique desservant la cause égalitaire.
Nous sommes face à un paradoxe… C’est tout légitimement que la lutte contre les violences entre partenaires met la focale sur la femme, fragilisée dans plus de 80% des scénarii de violence entre partenaires. Les victimes de cette violence ont bien trop souvent été délaissées dans l’ombre de leur sphère privée. Mais aujourd’hui, peut-être est-il temps de penser l’a priori de l’hétérosexualité, latent en de nombreux aspects de l’intervention publique. Une belle illustration nous est offerte par deux vidéos de sensibilisation du Centre de solidarité lesbienne (Montréal) : www.solidaritelesbienne.qc.ca
Grâce aux travaux et recherches d’associations pionnières, on en sait plus sur le phénomène des violences entre partenaires homosexuels. Si elle peut s’envisager sur base du cadre classique du cycle de la violence et d’un rapport de domination, nombreuses sont toutefois les spécificités de son expression. Un outil en témoigne, la « roue de contrôle », disponible (en anglais) à www.endingviolence.org/files/uploads/Lesbian-GayPCwheel.pdf qui révèle un ensemble de pratiques violentes explicitement inspirée par la condition spécifique de l’homosexualité au sein de nos sociétés.Lors de ces deux jours de formation, des pistes concrètes auront été données pour cerner les besoins et les attentes des victimes homosexuelles, ainsi que les pièges à éviter et les solutions en intervention.
Pour poursuivre la réflexion…
www.air-libre.org
Air libre (Toulouse) est une association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et la violence à l’égard des lesbiennes. Très fourni, le site internet propose des articles de Vanessa Watremez, sociologue fondatrice de l’association, sur le phénomène des violences dans les couples lesbiens.
www.magenta-asbl.be
Membre de notre Réseau, Magenta est une association visant à promouvoir le bien-être et l’égalité de droits des personnes gayes, lesbiennes, bisexuelles ou transsexuelles. Elle agit de façon transversale par la prévention de l’hétérosexisme, de l’homophobie et l’amélioration des pratiques professionnelles. Ses activités : aide aux personnes et accompagnement psychologique, sexologique et psycholosocial ; recherches et recherches-actions ; formations ; actions de prévention au sujet du sexisme, de l’homophobie et de l’hétérosexisme et de promotion à la diversité, à l’égalité et à la solidarité.
Le Centre Solidarité Lesbienne (Montréal) a pour mission d’améliorer les conditions de vie des lesbiennes en leur offrant des services et des interventions adaptés à leur réalité et ce dans les domaines de la violence conjugale, du bien-être et de la santé.
Outil idéal de sensibilisation : deux vidéos (une fiction, un entretien) disponibles sur le site permettent en quelques minutes d’appréhender les violences au sein des couples lesbiens.
Un projet autour des violences dans les couples lesbiens réalisé dans le cadre du programme DAPHNE de
Sans conteste, les rapports structurels de domination de la gent féminine par le genre masculin nourrissent les violences entre partenaires. Le Réseau salue toute initiative engageant le désir de relations égalitaires entre les femmes et les hommes. Initiative audacieuse, « Missing » puise ses racines dans le quartier de Saint-Josse et ses fleurs d’égalité ont été offertes à un très large public en Belgique et ailleurs ! Gennora Pitisci, son metteur en scène, se réjouissait : son message de renouveau parle du printemps et se joue au printemps ! Ce 3 Juin, les valises n’étaient pas posées bien loin : ils étaient invités par l'Association Féminine Belgo-Turque dans les locaux d’Amazone.
Le spectacle offre la particularité d’être réalisé et joué par des habitants de Saint-Josse, quartier majoritairement turcophone, mis en scène par Gennaro Pitisci du théâtre Brocoli (www.brocolitheatre.be)
Le spectacle a déjà remporté le Prix "J'en Pince 2009" décerné par Vie Féminine pour sensibiliser le grand public aux inégalités liées au sexisme !
L’histoire du spectacle ? Celle de sa construction ! Est-il possible aujourd’hui, pour les habitants de nos quartiers les plus fragiles, de se réunir entre hommes et femmes dans le but de faire un spectacle théâtral? A en croire Hamid et Meryem, seuls rescapés d’un groupe d’une trentaine d’habitants, l’expérience de la mixité tient plutôt de l’utopie. Alors qu’ils voient les rues de leur quartier embellir, Hamid et Meryem rêvent plutôt de rénover les mentalités et tout ce qui se cache derrière ces belles façades. A leur grande surprise